L’annonce par Emmanuel Macron de la création d’un haut commissariat à la diversité s’inscrit dans une continuité politique désormais parfaitement lisible : celle du glissement progressif de la République universaliste vers une gestion identitaire de la société. Présentée comme un instrument de cohésion et de justice, cette initiative constitue en réalité une pierre supplémentaire ajoutée à l’édifice déjà très avancé de la fracturation sociale.
De l’universel au particulier : une rupture silencieuse
La tradition républicaine française repose sur un principe simple et exigeant : l’égalité des citoyens en tant que citoyens, indépendamment de leurs origines, croyances ou appartenances réelles ou supposées. Or, la logique même d’un haut commissariat à la diversité procède d’un renversement conceptuel. Elle postule que la société n’est plus composée d’individus libres et égaux, mais de groupes différenciés, porteurs de revendications spécifiques, appelant des réponses publiques différenciées.
Ce basculement n’est pas anodin. Il marque l’abandon progressif de l’universalisme au profit d’un particularisme administré, où l’État ne garantit plus l’égalité devant la loi, mais organise la reconnaissance politique des différences. Ce qui était censé réparer des injustices devient un principe structurant de l’action publique.
L’institutionnalisation de la diversité : un accélérateur d’essentialisation
En érigeant la diversité en catégorie administrative centrale, le pouvoir politique entérine un processus d’essentialisation : chacun est sommé d’exister d’abord comme membre d’un groupe — ethnique, culturel, sexué, religieux — avant d’être reconnu comme individu. Cette logique, loin de réduire les tensions, les structure, les hiérarchise et les met en concurrence.
Comme je le démontre dans mon essai De l’inclusion à la guerre civile, la chaîne est implacable : inclusion proclamée → essentialisation des individus → concurrence victimaire → conflictualité généralisée. La création d’un haut commissariat à la diversité ne fait qu’ajouter un échelon institutionnel à cette mécanique déjà largement engagée.
La concurrence victimaire comme horizon politique
Dès lors que la reconnaissance publique devient une ressource rare, distribuée par l’État, chaque groupe est incité à démontrer qu’il est plus discriminé, plus invisible, plus victime qu’un autre. C’est le mécanisme bien connu de la compétition victimaire, analysé depuis longtemps par de nombreux sociologues.
Loin d’apaiser les fractures, cette dynamique alimente le ressentiment. Elle transforme la souffrance réelle ou supposée en capital politique, et la mémoire en outil de revendication. L’État, en se faisant arbitre de ces concurrences, abandonne toute prétention à l’impartialité universaliste.
Un État managérial des identités
Le haut commissariat à la diversité s’inscrit dans une prolifération d’instances, d’indicateurs, de rapports et de politiques dites « transversales », qui ont en commun de substituer à la loi commune une gouvernance par catégories. Il ne s’agit plus de garantir des droits, mais de piloter des représentations, des visibilités, des quotas, des récits.
Cette dérive n’est pas seulement idéologique, elle est profondément politique. Elle fragilise le sentiment d’appartenance commune, dissout la citoyenneté dans une mosaïque de statuts, et prépare les conditions d’un affrontement permanent entre groupes rendus rivaux par la puissance publique elle‑même.
Conclusion : une fausse réponse à de vraies tensions
En prétendant répondre aux fractures de la société française par toujours plus de diversité institutionnalisée, le pouvoir politique ne fait qu’aggraver ce qu’il prétend combattre. La cohésion ne naît pas de la reconnaissance infinie des différences, mais de l’adhésion à un cadre commun, exigeant, parfois contraignant, mais émancipateur.
La création d’un haut commissariat à la diversité n’est donc pas un geste neutre ni bienveillant : c’est un choix de société. Un choix qui éloigne un peu plus la France de son héritage universaliste et la rapproche dangereusement d’un modèle de fragmentation identitaire, dont l’issue historique est toujours conflictuelle.
Pour une analyse approfondie de cette trajectoire et de ses conséquences politiques, sociales et anthropologiques, je renvoie le lecteur à mon essai De l’inclusion à la guerre civile.
ADDENDUM:
Le 14 Janvier 2026, Jean Noël Barrot, ministre des affaires étrangères déclare devant le Sénat que « ce projet de « Haut Commissariat à la diversité » n’existe pas, ni au niveau du gouvernement, ni au niveau du Président ».
Était ce un ballon sonde? Était ce une indiscrétion partie trop tôt? Était ce un aparté lors de la réunion des ambassadeurs divulgué par un opposant?
Qu’importe, ce projet est pour le moment enterré et c’est très bien!