Vœux 2026 : le monde se projette, la France se résigne

Vœux des dirigeants mondiaux

   Chaque fin d’année, les vœux des dirigeants ne sont jamais de simples politesses rituelles. Ils constituent des actes politiques à part entière, des récits fondateurs par lesquels une nation se raconte à elle‑même et au monde. Ils révèlent une hiérarchie des priorités, une vision du temps — passé, présent, avenir — et, surtout, une conception de la puissance. L’exercice est donc un excellent révélateur des ambitions ou, à l’inverse, du renoncement.

   À l’aube de 2026, le contraste entre les grandes puissances est saisissant. Tandis que la plupart des dirigeants structurent leurs messages autour de perspectives, de projets et d’objectifs clairement identifiés, le discours français tranche par sa tonalité défensive et son horizon singulièrement étroit. Ce décalage n’est pas anecdotique : il dit quelque chose de profond sur l’état politique et moral du pays.


Le temps long des puissances

   Les grandes nations parlent presque toutes le langage du temps long. Leurs dirigeants inscrivent leurs vœux dans une continuité historique et projettent leurs peuples vers un avenir qu’ils prétendent maîtriser.

   En Chine, le discours est une démonstration de cohérence stratégique. Les références au plan quinquennal, aux percées technologiques, à la conquête spatiale, à l’intelligence artificielle ou encore aux capacités navales ne sont pas décoratives. Elles forment un tout : celui d’un État‑civilisation qui se perçoit comme un acteur central du XXIᵉ siècle et qui assume une vision de puissance globale, industrielle, scientifique et militaire. Même lorsque Pékin évoque la paix, c’est toujours à partir d’une position de force et de maîtrise.

   La Russie, de son côté, parle un langage plus austère, mais tout aussi structuré. Les vœux présidentiels sont courts, resserrés, presque sobres. Pourtant, leur message est limpide : unité nationale, continuité historique, endurance. La guerre est intégrée au récit national comme une épreuve collective, non comme une anomalie. Là encore, qu’on approuve ou qu’on condamne, il y a une vision : celle d’un État qui prépare sa population à un conflit long et assume pleinement le caractère tragique de l’époque.

   L’Ukraine, enfin, se distingue par l’intensité existentielle de son discours. Son président ne promet ni prospérité immédiate ni confort retrouvé. Il parle de survie, de dignité, de garanties de sécurité, de compromis possibles mais jamais au prix de la disparition nationale. C’est un discours tragique, mais profondément politique : il définit des lignes rouges, fixe un cap, et articule clairement ce que signifie « gagner » ou, à tout le moins, ne pas perdre.

Même dans des démocraties libérales éloignées du front européen, la logique est similaire. Aux États‑Unis, les vœux présidentiels s’inscrivent dans une rhétorique de restauration et de grandeur retrouvée : puissance économique, domination technologique, capacité à imposer ses conditions au reste du monde. En Inde, le discours est tourné vers le développement, la croissance, la projection à vingt ou trente ans. Partout, le même réflexe : parler d’avenir.


L’Europe entre lucidité et réveil

   L’Europe continentale n’échappe pas à cette dynamique, même si elle avance avec plus d’hésitations. En Allemagne, le ton est au réalisme brutal : réarmement, compétitivité, effort collectif. Le discours est parfois rude, mais il reconnaît explicitement que la prospérité future suppose des sacrifices présents.

  Au Royaume‑Uni, les vœux sont marqués par une volonté de reconstruction sociale et économique, avec la promesse — certes fragile — de résultats tangibles. Là encore, l’horizon est clair : redresser, stabiliser, reconstruire.

   Ces discours européens ont un point commun : ils admettent que le monde est entré dans une phase de conflictualité accrue et que la sécurité, la puissance industrielle et la souveraineté sont redevenues des priorités politiques majeures. Ils parlent de guerre, certes, mais toujours en lien avec un projet : se défendre pour continuer à vivre, produire, créer.


Le discours français : une exception inquiétante

   C’est dans ce paysage que le discours français apparaît en rupture. Non pas parce qu’il évoque la guerre — tous les dirigeants responsables le font — mais parce qu’il semble incapable de lui donner un sens politique structurant.

   Le propos est largement défensif. Il dresse un inventaire de menaces : conflits extérieurs, désordre du monde, fractures internes, difficultés économiques, crise sociale, insécurité. Mais là où d’autres transforment ce diagnostic en projet, la France se contente d’un constat inquiet, parfois compassionnel, rarement stratégique.

   Surtout, l’horizon concret proposé aux Français surprend par sa pauvreté. Alors que les autres puissances parlent d’industries, de technologies, de conquêtes scientifiques, de réarmement productif ou de démographie, le seul chantier clairement mis en avant comme marqueur politique fort est celui de la fin de vie, rebaptisée « droit de mourir dans la dignité ».

   Ce choix lexical n’est pas neutre. Il reprend mot pour mot la terminologie militante des partisans de l’euthanasie, qui ont depuis longtemps compris que la bataille se gagnait d’abord par les mots. Mais au‑delà du vocabulaire, c’est le symbole qui interroge : dans un monde où les nations parlent de puissance, de projection et de survie collective, la France met en avant un projet qui organise juridiquement la mort.


Une inversion du sens politique

   Il ne s’agit pas ici de trancher le débat éthique sur la fin de vie. Le sujet est grave, complexe, légitime. La question est ailleurs : pourquoi ce thème devient‑il, dans les vœux présidentiels, l’un des rares horizons politiques clairement assumés ?

   Dans les autres discours, la mort est subie, combattue, affrontée — qu’il s’agisse de soldats, de civils ou de victimes de catastrophes. Elle est toujours présentée comme un mal à contenir, un prix à payer, jamais comme un projet. En France, au contraire, la seule perspective législative explicitement revendiquée consiste à organiser, encadrer et faciliter la mort.

   Cette inversion est lourde de sens. Elle suggère un pays qui ne se projette plus dans la conquête, la transmission ou la croissance, mais dans la gestion administrative de sa propre finitude. Là où d’autres parlent de natalité, de jeunesse, d’innovation ou de souveraineté, la France parle d’accompagnement vers la mort.


La vacuité comme symptôme

   Ce contraste ne relève pas d’un simple choix de communication. Il est le symptôme d’une crise plus profonde : celle d’un pouvoir qui peine à formuler un récit mobilisateur, un projet collectif capable de dépasser l’urgence et la peur.

   La guerre est évoquée, mais sans vision stratégique autonome. L’Europe de la défense est mentionnée, mais sans incarnation industrielle ou militaire concrète. L’économie est citée, mais sans ambition de rupture ou de reconquête. La science, la technologie, l’industrie restent à l’état d’incantations.

   Face à cela, la loi sur la fin de vie apparaît presque comme un aveu. Faute de promettre la grandeur, on promet la dignité dans la mort. Faute de proposer un avenir désirable, on organise une sortie jugée plus humaine.


Ce que disent vraiment les vœux de 2026

   Les vœux de 2026 dessinent un monde dur, conflictuel, dangereux, mais aussi extraordinairement politique. Partout ailleurs, les dirigeants assument la brutalité de l’époque pour mieux justifier des projets de puissance, de reconstruction ou de survie nationale.

   La France, elle, semble hésiter à nommer ses priorités et à regarder l’avenir autrement que comme une suite de crises à gérer. Dans ce paysage, la focalisation sur la fin de vie n’est pas seulement discutable : elle est révélatrice d’un pays qui doute de sa capacité à vivre et à se projeter.

   Les vœux ne sont jamais de simples mots. Ils sont un miroir. En 2026, le miroir français renvoie l’image d’une nation inquiète, fatiguée, et surtout privée de récit. Là où les autres parlent de ce qu’ils veulent devenir, la France semble surtout préoccupée par la manière de mourir.

 

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